Première naissance en tant qu’étudiante sage-femme

Je sors de ma garde plus tard que prévu ce soir…. Car une naissance était en cours, et j’ai souhaité assister à cette naissance jusqu’à la fin. J’ai, durant mon stage, pu assister à deux autres naissances avant celle dont je vais vous parler, mais ces deux naissances ont fini en césarienne en cours de travail.

 

Pour des raisons de confidentialité et de secret professionnel, je n’en dirais pas beaucoup sur cette naissance, juste que c’était un premier enfant, que la maman a eu une péridurale afin de soulager ses douleurs, et que le travail a plutôt été rapide.

 

Je vais plutôt vous parlez de moi, de mon ressenti, je vais être égoïste et je vais sortir ces mots qui sont en moi. Parce que cela va me faire du bien, mais aussi, peut être aider d’autres personnes qui sont comme moi, et qui n’osent pas parler par peur d’être jugées.

 

C’était donc une garde de journée, je faisais 08/20h. Il pleuvait dehors, le ciel était gris. L’activité en salle était plutôt calme. Deux femmes en salle de naissances, le même jour, le même terme. La pose de la péridurale était synchro et leur travail aussi… La naissance a différé de quelques minutes pour l’autre femme.

 

 

Bref…

 

Je m’attendais à un tsunami d’émotions, à vivre quelque chose de fort, qui me prend aux tripes, qui me retourne et me colle au mur ! J’assistais à une naissance, non mais quand même quelque chose de si beau, de si merveilleux, comme tout le monde le dit ! Un moment unique, chaque naissance est différente ! C’était ma première naissance en tant qu’étudiante sage-femme, je vais m’en souvenir toute ma vie quoi !

 

Et bien pas du tout…. Non on ne me hurle pas dessus ! Je m’explique ….

 

Tout d’abord bien sûr que j’ai été émue, ce moment incroyable de la femme qui prend son bébé dans ses bras, ce premier regard vers son enfant, ces larmes qui coulent, ce papa ému et fier … Bien sûr que c’était émouvant, bien sûr que c’était magique !

 

Mais le reste …. Quoi ? Beh oui le reste ? Je m’attendais donc à vivre une naissance, un tremblement de terre, quelque chose de bestial, des cris, de la sueur, des mouvements du corps, des changements de positions, des râles. Je m’attendais à vivre une naissance.

Est-ce le faites d’être en maternité donc à l’hôpital qui a changé la manière de donner la vie ?

 

Mais non rien de tout ceci, une pièce froide, plus au moins dans la pénombre, une table d’accouchement, une femme en position gynéco, des bip bip de monito, de tension, des perfusions, et juste quelques souffles…. C’était une jolie naissance, mais je m’attendais tellement à être chamboulée, retournée, avoir des papillons dans le ventre !

Et comme bien sûr je suis du genre à beaucoup réfléchir, je commence le mode « réfléchissement » …
Est-ce que vraiment toutes les sage-femme ressentent quelque chose à chaque naissance ?

Est-ce que si j’en parle on va me dire : « hein mais tu es folle, il y en a tellement qui voudraient être à ta place ! Comment tu peux écrire ce que tu écris ? »

Est-ce que cela remet en cause ma vocation ? ma passion ?

Est-ce que j’avais trop idéalisé ?

Est-ce que j’imagine la naissance autrement ?

Est-ce que finalement c’est vraiment ce métier que je veux faire ?

 

Et ainsi de suite durant toute une nuit …. La nuit a été courte d’ailleurs !

 

Puis j’en viens à tirer des conclusions !

 

Mais bien sûr que je suis faite pour être sage-femme, c’est dans mes tripes, au creux de mon ventre, dans mon sang, mon corps vibre pour ce métier !

Alors oui cette première naissance n’est pas celle que j’avais imaginé, car il s’agit bien d’imagination.

 

Mon cerveau a imaginé une naissance idéale, une naissance physio, sans table d’accouchement, avec une femme en pleine possession de sa puissance. Avec une liberté de mouvement, une ambiance chaleureuse, une pénombre, des cris, des râles, une sage-femme qui tient la main, ou qui reste en retrait si besoin.  Voilà ce que j’ai imaginé, ce que j’ai désiré voir, ce que je veux voir, ce pour quoi je sais que je suis faite !

 

Pour ce qui d’imaginer la naissance autrement, oui je l’imagine différemment. Avec un accompagnement au plus près de la femme, une présence pour elle, un soutien, j’imagine une femme/une sage-femme. J’imagine, une naissance dont la femme sera actrice à chaque instant, une pleine puissance de leur corps, que cela soit sans ou avec péridurale. La péridurale n’empêche pas une femme d’être actrice, d’être au cœur de sa naissance, elle peut limiter les mouvements, peut aussi être la cause d’une insensibilité totale, mais la femme restera au cœur de la naissance.

Et puis je n’imagine pas, non mais je ferais en sorte d’accompagner les femmes comme j’ai été accompagnée, c’est-à-dire dans le plus grand respect et dans l’écoute de mes choix.

 

Je m’en suis tellement voulu et je me suis sentie coupable de ne pas ressentir d’émotion forte. Comment puis-je être juste « émue », alors que je viens de vivre la première naissance en tant qu’étudiante sage-femme, celle dont je me souviendrais toute ma vie, celle qui aura ouvert la voie à tant d’autres…. Et pourquoi je devrais être toute retournée ? Qui dit que la naissance est belle, merveilleuse, magnifique à chaque fois ? Je ne suis que celle qui était spectatrice finalement.

La naissance de mes enfants a été un pur bonheur, un tsunami d’émotions, rien que de fermer les yeux, je revis chacune de mes naissances, j’ai même l’impression de sentir les odeurs, de sentir la chaleur sur mon ventre, d’entendre Coldplay (oui oui j’ai accouché sur Coldplay !!) de revoir mon mari, d’entendre leur premier cri. Mon mari avec qui on a ri, on a pleuré, et qui a su être « présent » pour moi…. Alors oui j’ai vibré, j’ai crié, j’ai eu des râles, j’ai changé de position, je me suis sentie lionne… mais c’était mes naissances !

 

Est-ce que si un jour, je ne souhaite pas participer à une naissance qui sera « contre » mes valeurs, je serais capable de dire : – stop, je sors de cette salle, je ne resterais pas car cela va à l’encontre de mes convictions ? Oui je le pense, et oui je l’espère. Car si je reste malgré que je ne sois pas en accords avec ce qu’il se passe, je sais déjà que je vais me remettre en question puissance 1000, et aller au point de non-retour. Alors qu’assumer ses convictions et savoir dire non permet de se protéger.

 

Ce que je retiendrais c’est que c’était la naissance de son enfant, que cette naissance à cet instant était son souhait. Chaque naissance peut aussi refléter l’image des parents, certains sont timides et n’osent déranger, et la naissance est donc « timide », d’autres seront dans le stress, la douleur, et la naissance sera aussi à leur image.

Certains couples, ne comprennent pas l’importance du moment tant que le bébé n’est pas dans leur bras, bref chaque naissance est UNIQUE.

 

Mais non je ne suis pas insensible, non je ne suis pas un « monstre » d’étudiante sage-femme qui ne se sent pas envahie de joie, d’excitation, mais qui juste a besoin d’un temps d’adaptation à la naissance en maternité !

Beaucoup d’étudiantes me contactent en message privé, et en discutant la plupart ont été déçues de leur première expérience de naissance, ou même dégoûtées car elles n’étaient pas préparées à le vivre, en tout cas à le vivre ainsi. Ce sont nos représentations qui sont chamboulées ….

Et quand je demande à mes copines étudiantes sage-femme ou même à des sages-femmes qui travaillent, beaucoup aussi n’ont pas un souvenir « merveilleux » de leur première naissance en tant que soignant.

 

Notre métier est de nous adapter aux femmes, à leurs demandes que cela soit pour une naissance en maternité, en plateau technique ou à domicile…. A moi de savoir trouver ma place, mon positionnement par rapport à ce que je vis, et surtout de commencer à réfléchir à comment je voudrais travailler dans quatre ans…

 

 

Elle…

 

13 réponses sur “Première naissance en tant qu’étudiante sage-femme”

  1. Je comprends et j’entends très bien ton ressenti…
    Je pensais également que si je ne ressentais rien d’extra-ordinaire c’était à cause de la médicalisation, des naissances standardisées, de la pression qu’on me mettait, à moi l’étudiante.

    Et bien verdict… Même après avoir accompagné de merveilleuses naissances à la maison, en toute autonomie et toute puissance. Pas d’émotion folle ! Même pas !
    J’ai trouvé ça juste parfaitement normal. Je me sens pleine de gratitude d’être témoin de ces instants d’intimité et de pouvoir les permettre à ces familles, mais pas d’explosion émotionnelle en moi. En fait, je crois comme tu le dis, que c’est « leur » histoire, et nous, à notre place de professionnelle, on ne se l’approprie pas, et c’est tant mieux. Je rentre chez moi après les naissances, fatiguée, contente, parfois je pleure un peu de la pression qui retombe, mais c’est tout, sans excitation, sans avoir l’impression d’avoir assisté à un miracle.
    hahaha ! ça tue le mythe ! 😉

    Finalement ce qui me fascine le plus dans ce métier ce n’est pas l’intensité de la naissance (puisque ce n’est pas moi qui la vit) c’est l’observation de toute l’évolution et le cheminement de ces couples pendant les longs mois du suivi global quel que soit finalement l’issue de la naissance. Ca, a posteriori, je trouve ça absolument fantastique, ces peurs qui ont été dépassés ou pas ces familles qui se créent, ces couples qui se découvrent un nouveau rôle, etc. Quelque chose que je ne pouvais pas observer en milieu hospitalier…

    Bon, après tu verras des naissances médicalisées très émouvantes quand même ! Il m’est arrivé 2 ou 3 fois pendant mes études de verser discrètement une petite larme.
    🙂

    1. Tes mots <3 merci merci de ton partage d'expérience qui me rassure vraiment du coup. Je me sens moins seule de lire des expériences où finalement cela arrive plus souvent qu'on ne le croit de ne pas être envahie d'émotion. j'ai vraiment eu du mal à l'écrire cet article et du mal a le mettre en ligne, car je me suis dis je vais encore passer pour un ovni.... Et au final l'écrire, le mettre en ligne m'a fait un bien fou ! merci

  2. Pour moi ça a été pareil que toi car je suis tombé sur une sf très dure qui n’a fait que m’engueuler et malgré que ce soit une naissance qui se soit très bien passée je n’ai pas ressenti ce « tsunami d’émotion » et j’en ai été très frustrée. Par contre par la suite j’ai pu faire un accouchement à 4 mains qui m’a beaucoup émue car j’ai pu poser le bébé sur le ventre de sa mère et c’était pour moi un moment magnifique.
    j’ai été émue par beaucoup de naissance mais en particulier quand j’ai pu commencé à pratiquer les gestes de dégagement seule et guider la mère lors de la poussée. Ce sont les accouchement qui m’ont le plus marquée 🙂

    1. merci de ton partage d’expérience Lucile, vraiment. Cela me permet d’avancer et de me dire, que ouiii je ne suis pas seule a l’avoir vécue autrement.

  3. Bonjour

    Je suis une jeune maman bordelaise

    Le métier de sage femme me fascine et j’espère rentrer à l’école l’an prochain. Mais ayant une fille en base âge penses tu que c’est réalisable sachant que tu en as trois, surtout d’un point de vue financier.

    J’ai peur de mettre ma famille en danger pour vivre mon rêve.

    J’ai 25 ans et me tape les doigts de ne pas avoir su plus tôt ce que je voulais faire comme métier

    Merci d’avance pour ta réponse

    Ton blog est super et très intéressant aussi bien grâce a tes petites histoires courtes mais aussi grâce à tous les renseignements que tu apportes sur les écoles.

    1. Alors je ne peux te donner que MON expérience qui ne sera pas la tienne. Déjà pour ma part j’ai donc 3 loulous donc garderie avant et après l’école pour les deux grands et nounou a temps plein pour le dernier, même si il y a les aides c’est déjà un sacré budget tout les mois car il faut aussi compter la cantine.Je n’ai aucun revenu, je n’ai plus de salaire et ce durant toutes la durée de mes études, étant « hors cadre » je n’ai le droits a rien en aide type bourse (je suis trop âgée !!!!!) Apres je fais bcp de km pour aller en stage ou en cours a peu près 250km/jour donc gros budget diesel et gros budget entretient voiture (pneu, vidange, frais, disque etc etc ) après en dehors de l’argent il y a aussi tout l’aspect investissement personnel, temps de travail, les horaires de stage, les « devoirs » , les révisions, les partiels…. Voilà ca c’est MA réalité … Mais cela ne sera peut etre pas la tienne. Donc je ne peux absolument pas te dire si oui ou non cela sera réalisable pour toi. Avec mon mari et mes enfants on savait que cela allait etre difficile, et je ne suis qu’en 1ere année …. Il m’en reste 3 si aucun redoublement …. Mais c’est un travail d’équipe et c’est ensemble que l’on vit mes études <3 d'ailleurs un énorme <3 a mon mari qui partage tout ce bordel en plus de son travail a lui. Bref, si c'est ton rêve alors FONCE ! Mais pose le pour et le contre, fais tes calculs, voit si sans revenu c'est possible. Ton école sera moins loin que la mienne, tu auras des stages plus près, peut etre le doit aux bourses 😉 Réfléchis, calculs, fais des simulations etc ! Et bon courage 😉

      1. Merci pour ta réponse.

        Je pense que quand on se donne les moyens on peut tout réussir, et comme toi j’ai un compagnon sur qui je peux compter heureusement et merci à lui ( merci à eux )

        Je te suis sur Instagram et j’ai découvert grâce à toi les illustration Duvet days et je t’en remercie

        Bon courage pour tes études

        1. mais de rien, et fonce alors si tu as un compagnon qui lui aussi sera présent !
          ahhh ouiiii les illustrations de Duvet Day j’en suis totalement amoureuse ! je les veux toutes mdrrrr !

          n’hésite pas a me faire un coucou en MP sur IG alors;)

          merci merci et tiens moi au courant pour la suite, j’aime bien savoir la suite des événements !!!

  4. Merci pour cet article!

    Moi, je suis sufi et j’ai eu la chance de faire mon stage maternité quasi intégralement en salle de naissance.

    Le premier accouchement que j’ai vu, j’ai carrément cru que le bébé était mort (tout gris). Mais je n’ai rien dit, l’équipe ayant l’air sereine. En fait c’est passé dès qu’il a respiré :).

    Par contre, peut-être aussi en partie parce qu’on a de base un rôle beaucoup plus spectateur dans l’accouchement à proprement parlé, je n’ai limite même pas vraiment été émue, et pour aucun. Ce qui m’a pas mal déstabilisée à l’époque.

    Mais ce qui a été encore plus déroutant pour moi, c’est de me sentir vide émotionnellement lors de la naissance de mon fils. Il m’a fallut plusieurs mois pour pouvoir l’évoquer. Je mets cela sur le compte de la péridurale (que j’espérais être capable d’éviter, ce qui n’a pas été le cas, mais j’ai eu en salle de pré travail une sage femme quasi inexistante, qui ne m’a adressé la parole que en terme technique et uniquement lors de la pose du monito, ce qui n’aide pas trop à la gestion de la douleur). Je me trompe peut-être, je verrai bien comment se passe la naissance de bébé2 en juillet.

    Comme quoi, l’absence d’émotion peut aussi être présente du côté de la maman.

    Bonne suite dans tes études!

    1. Merci de ton retour d’expérience Natacha comme quoi chaque vécue est different car chaque personne l’est et le vit a sa façon. Fais toi confiance pour bébé2. Effectivement si aucune « complicité » avec la sf, cela n’aide pas aussi. Beaucoup de mamans m’ont aussi parler de ce vide en elle… Souvent suite à des violences obstétrical, ou parce qu’elles ont eu le ressenti qu’on leur avait voler leur naissance, et donc n’ont pas pu se l’approprier et être actrice a part entière. Si tu veux des livres sur une naissance sans péridurale, je te conseil « j’accouche bientôt que faire de la douleur », ce livre ne parle pas que de la douleur, mais de la gestion de femmes face a la douleur. Mais c’est un livre d’expériences de femmes ayant eu une naissance sans péridurale et elles expliquent ce qu’elles ont vécues, ressenti, comment, pourquoi, c’est vraiment beau à lire. Pour moi cela m’adonner confiance en moi et en mes capacités a réussir a donner la vie. Une autre lecture : intime naissance aussi m’a bcp aider a dépasser mes peurs 😉 Donne moi des nouvelles en Juillet 😉

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